Le bilan de l'expérience: un manque flagrant de structure dans mes idées, un manque flagrant de volonté à bouger puisque je reste stagnant, perdu dans des idées chaotiques qui prennent d'assaut mon esprit. Une fois de plus, je dois écrire: "tout était question d'équilibre". Mais si je n'avais pas fait le test, si je n'avais pas essayé un extrème et l'autre (tout intellectualiser, et presque rien du tout), je n'aurais jamais pu le comprendre par moi-même. Le seul moyen de jongler est d'échapper des balles ; c'est un dicton incontournable pour tous les jongleurs. Et en voilà un autre: "Dans une vie, un jongleur échappe plus de balles qu'il en attrappe." Appliquez cela à la vie entière, et voilà le chemin de la réussite.
Dire "équilibre" est toujours facile, mais l'atteindre est tout autre chose. Il faut encore réussir à obtenir la motivation. Un mot terrible de sens, et si difficile à utiliser. Combien ici peut se venter de ne jamais manque de motivation? Je dirais même que la majorité des gens en ont la moitié moins que ce qu'ils voudraient vraiment. Sommes-nous lâches pour autant? Sommes-nous de simples incapables? Se lancer des roches serait trop facile. Si la motivation est si difficile à obtenir, c'est une conséquence de notre mode de vie. En temps normal, nos besoins primaires prennent un temps considérable à combler. Ensuite vient d'autres besoins, secondaires (voir pyramide de Maslow).
Les besoins sont la source directe de la motivation. Une fois un besoin comblé, la motivation disparait (rare sont ceux qui vont vouloir encore manger une fois qu'ils sont vraiment rassasiés). Notre style de vie a eu cela d'efficace: nos besoins sont comblés pratiquement au fur et à mesure qu'ils apparaissent. Bilan: nous ne sommes plus habitués de chasser une journée complète seulement pour avoir quelques heures de nourriture dans l'bedon. "La voie de la facilité" nous blâmerons les plus vieux. Et qui a mis en place cette structure, ein? On a pas décidé ça. On le subit, gang de caves. (ça me tentait d'être gratuitement méchant =D)
Et nous voilà, désarmés, des animaux dans un zoo, nourrits sans effort. Et me voilà, ma motivation sur le sol, à dormir deux fois plus que nécessaire, à rester trop longtemps sur internet, à me faire des repas à moitié mangeable parce que c'est trop long cuisinier ; me voilà à ne pas étudier, à sortir le plus possible, pour oublier que dans le fond, j'ai, quelque part, honte de moi. Me voilà à rêver, jours et nuits, pendant mes cours, à fuir dans mon imagination, pour oublier que je fuis. "Boire pour oublier qu'on boit" s'amusait-on à dire. Nous n'étions pas si loin, n'est-ce pas?
Et pourquoi ai-je écrit "génies" comme titre dans tout ça? Parce qu'à toutes les fois que j'entends parler d'un d'entre eux, à toutes les fois où mon esprit prend conscience qu'il pourrait, un jour, être face à l'un d'eux, il veut travailler pour être digne de leur parler. Je veux pouvoir me tenir devant eux non pas en tant qu'égal ; je ne serai jamais un égal. Mais en tant qu'être humain qui n'aura pas honte devant leurs yeux. Miroir du complexe de vouloir plaire à ses parents? Je m'en fouts. Tant que cela me force à bouger, et à devenir quelqu'un. Comme le disait ma prof d'éducation physique: "L'important, ce n'est pas d'avoir une bonne motivation. C'est tout simplement d'en avoir une."



