Sur le fil

Sur le fil
Le bonheur, je crois, est d'essayer de sauter sur une corde, au-dessus du vide. On croit l'atteindre, et on tombe. On essaie d'y aller lentement, puis on tombe.

Je crois qu'il y a des gens qui, fondamentalement, ne seront jamais heureux. Le bonheur, pour une raison de structure primaire que j'ignore le fonctionnement, ne leur est tout simplement pas accessible. Incapable de saisir ce qu'est l'état d'esprit du bonheur, ils chercheront quelque chose de près, de similaire: le plaisir. Ils fuient la pesanteur de leur existence. Je les comprends. Je ne vivrais pas une vie de poids morts à trainer.

En ce moment, je tiens sur le fil du bonheur. L'accomplissement de tellement de choses fait en sorte que, peut-être jusqu'à ce que je me réveille demain matin, je vais bien, terriblement bien. Je suis heureux, mais encore plus que heureux. C'est une sérénité, une joie du simple instant. Combien de fois dans une vie on a la chance d'atteindre un moment pareil? Je ne sais pas. Sa rareté fait toute sa valeur.

Que dire de plus? C'est difficile de parler de sa joie sans en diminuer l'intensité.

Est-ce que parler de quelque chose en diminue nécessairement l'intensité? Est-ce pour cela qu'on veut témoigner de nos malheurs? Tiens...analyse à faire. Je le ferai plus tard. Je préfère prendre le temps de vivre ce moment.
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# Posted on Tuesday, 13 October 2009 at 11:46 PM

Vérité - le retour du débat!

Vérité - le retour du débat!
Faire face, ou non, à la Vérité, est un point de discutions très ...discuté. Plusieurs sont de fervents défenseurs de la Vérité peu importe son prix, et d'autres préfèrent vivre dans leur monde illusoire. Entre les deux, la balance est difficile à mettre au bon niveau, car il est facile de faire des conclusions trop hâtives.

Pourquoi cette réflexion? Une amie (Allo Shelby! =D) a lu mon blog alors que je pensais qu'elle ne tomberait jamais dessus. Jusque là, rien de bien particulier, sauf que je parle d'elle (et bien oui! prévisible). Je me suis toujours dit: "je ne cacherai rien à personne, si cette personne veut savoir".

Mais si, quelqu'un, comme ça, lit ces lignes, et ne désire pas savoir? Si cette personne apprend par accident, et aurait préféré ignorer? Si cette personne n'a pas la force, ou la volonté, d'affronter ma part de Vérité, ce que je suis? (ok, ici, je prends le temps pour dire que lorsque je parle de ma part de Vérité, c'est que je parle de moi-même, qui je suis, et ce que je pense. Je NE dis PAS que ce que je pense est VRAI! Je dis que ce qui est écrit ici est VRAIMENT ce que je pense. Merci! =D).

Bon, je suis conscient que le point que j'essaie d'analyser ici est tellement mince que c'est ridiculement inutile de le débattre. C'est un incident tellement banal et prévisible que ça n'en vaut même pas la peine d'en parler. Mais si j'écris ceci, c'est que je ressens le besoin de l'écrire. C'est parce que je crains que par un élan de "oh, j'écris ce qui me passe par la tête sur mon blog!", j'aie perdu quelque chose qui me sera, peut-être, irrécupérable.

Inévitable? Fatalité? Destin? Nommé-les. Il n'est reste pas moins que c'est pas une joie. Je ne sais pas si elle lira ; peut-être la dernière fois l'a blessé. Peut-être pas. Peut-être elle trouve ça drôle, peut-être elle en est triste. Peut-être elle s'en balance, peut-être est-elle choquée. Peut-être.

Je ne suis pas un idiot. Parfois utopiste, mais pas irréaliste. J'aimerais certaines choses même si je sais qu'elles ne seront jamais. La majeure partie de ce que j'écris ici sont des réflexions d'un moment, un passage dans mes idées, un moment éphémère que je fige, et que je tente de transmettre à l'aide des mots. Ce qui est vrai en ce moment ne le sera plus demain. Ou dans une semaine. Et pourtant, quelque part, c'est une Vérité. La Vérité d'un moment seulement.


La rivière sera toujours au même endroit, et sera toujours similaire ; mais ça ne sera jamais la même eau. Nous sommes Mouvements.

# Posted on Tuesday, 29 September 2009 at 8:32 PM

Elle existe

Elle existe
Il y a quelques années de cela, j'ai ressentit une profonde solitude qui, je croyais, ne serais jamais réglé. Cette idée d'être seul au monde malgré tous les gens qui m'entouraient, ce sentiment que peu importe qui était là, personne ne me comprenait réellement.

Cette "crise" prit fin lorsque je fis connaissance d'Edith, je ne me souviens plus comment, sur internet. C'est, encore à ce jour, la personne qui me ressemble le plus, selon moi. On se ressemble à un point tel qu'on parle très peu, car nous n'avons rien à nous dire que nous ne sachions déjà. Après ne pas s'être parler pendant un an, on s'est rendu compte qu'on avait tous les deux commencé à jouer de l'accordéon...tsé, bizarre l'affaire.

Seconde crise quelques années plus tard: le sentiment d'être seul, de ne pas être compris par une fille proche de moi. Irrationnel, typique, cliché...humain. Seconde crise prend fin lorsque, après avoir passé la soirée avec deux filles que je pensais peut-être aimé, je me retrouve à attendre un taxi, totalement perdu. Je regarde par la vitre, dehors....et au même moment, de l'autre côté de la rue, une fille que je connais absolument pas me regarde. Nous nous saluons de la main, et, incompréhensiblement, nous nous parlons avec des gestes absurdes. Mais alors que nous gestes (tel pêcher un poisson avec une canne à pêche invisible) n'ont absolument aucun sens, je partage à ce moment la profonde conviction que nous nous comprenons l'un autre, sans avoir à dire un seul mot. Le taxi arrive 30 secondes plus tard, nous nous quittons pas des yeux. J'embarque dans le taxi. Je ne l'ai jamais revu.

Quelques années plus tard: aujourd'hui. Une journée comme ça, comme il arrive parfois, je me sens seul ; rien d'extraordinaire. Je discute avec une amie qui vit à l'autre bout du Canada. Je lui dit que je me sens seul....et elle me répond: "Cours dehors jusqu'à ce que ton organisme sécrète de l'endorphine"

Okay, ici, je marque une pause. Je ne sais pas à quel point les gens ici me connaissent, ou non, mais ceux qui me connaissent bien doivent, en ce moment, se dire "Cette fille là est faite pour Carl, y'a aucun doute". Pourquoi? Parce que c'est MON genre de réponse! Trop rationnel, trop scientifique dans un moment ridiculement pas scientifique.

Il y a quelques jours de cela, je fais un article sur l'amour. Et là, vraiment STUPIDEMENT, je tombe amoureux d'une personne à l'autre bout du Canada parce qu'elle me dit une stupidité incroyable sur msn.

Bilan: Je suis stupide. Et oui, je l'ai déjà dit, j'aime ça. Peu importe si c'est elle, ou une autre personne, peu importe ce qui adviendra, je sais que celle que je cherche existe, quelque part.

Étrangement, elle parle peu français. Étrangement, je parle peu anglais. Étrangement, nous nous comprenons. Est-ce elle avec qui je pourrai parler sans bruit...?

# Posted on Thursday, 24 September 2009 at 10:38 PM

Hantise

Hantise
Beaucoup de gens sont hantés, dans leur esprit, par leur passé, des actions qu'ils regrettent, des gens qui les tourmente ; mais pourquoi? Pourquoi ces souvenirs, que l'on croit oubliés, par-dessus lesquels nous avons passés par-dessus, reviennent-ils nous hanter?

J'ai aimé une personne pendant longtemps. Cette personne ne le sait toujours pas, et vraisemblablement, il y a peu de chances qu'elle le sache. Je sais cet amour irrationnel, je sais que selon toutes probabilités, ça ne fonctionnerait pas entre elle et moi, parce que nous sommes tous simplement pas compatible. Pas besoin d'un doctorat en relations sociales pour le réaliser ; nous sommes de deux mondes. Pendant plusieurs années, je suis resté un ami auprès d'elle, puis nous nous sommes perdus de vue ; j'ai déménagé, je l'ai oublié, les choses ont changé. Puis, je l'ai revu. Ce qui avait été enfouie a refait surface. Après avoir tenté une approche, j'ai compris qu'elle n'était pas intéressée. Et pourtant...

Cela fait déjà presque un an de cet épisode. Et cette nuit, pour rien, surgie de nul part, dans mes rêves, voilà qu'elle réapparait, pour ouvrir à nouveau cette faille en moi, cette faiblesse que j'ai envers elle, cet affection aveugle que je lui voue. Je me sens idiot, réellement. Mais voulais-je réellement combattre cette idiotie? Voulais-je réellement être intelligent, fort, droit, sans faille? Bien sûr que non. Cette douleur me rappelle que je suis bien vivant, comme ces coupures dans mon ventre. Les cicatrices me rappellent que je peux souffrir, que je peux avoir mal, et que j'ai mal. Et elle, elle me rappelle que je peux aimer. Que je peux en souffrir, mais surtout, que je peux en retirer du plaisir.

Peut-être n'est-ce qu'un souvenir qui disparaîtra demain. Peut-être n'était-ce qu'un rêve comme un autre, qu'il s'évaporera, que ce n'est rien, sinon le retour d'un souvenir idiot. Le souvenir, je peux l'oublier. Par contre, je n'oublierai pas que mon coeur, lui, sait aimer. Patience. Je trouverai, un jour, celle avec qui je parlerai sans bruit.

# Posted on Monday, 21 September 2009 at 8:57 PM

Jeudi 27 août 2009, je suis décédé.

Jeudi 27 août 2009, je suis décédé.
Carl Blackburn
7 mars 1986 - 27 août 2009

Laisse dans le deuil ses parents, Odette et Robert Blackburn, son frère et sa soeur Marc et Sandra, ainsi que tous ses oncles, ses tantes et ses amis.

C'est ce que nous aurions pu lire dans le journal si la médecine moderne n'avait pas existé. Mercredi dans la nuit, à 1h30 du matin, je suis dans mon lit à avoir mal au ventre ; au point où moi, Carl, l'anti-médicament par excellence, se résigne pour la 2e fois à prendre des tylenols pour essayer de faire passer la douleur. Rien à y faire.

Rendu à l'hopital, plus immense chance: il n'y a absolument personne, aucun patient à l'urgence: "Youhou!" eum, je veux dire "You...ouch.....". On fait des tests, on me pose des questions, la douleur est localisée au centre de mon bas ventre ; étrange. Un appendicite, c'est à droite, pas au centre. Confusion. On me passe un Rayon-X, une échographie. Les tests ne sont pas assez révélateurs. À 4h du matin, on me donne de la morphine, mettant fin à ma souffrance, me permettant de dormir, enfin. Le temps prend tout son temps lorsqu'on a mal au ventre. Pourquoi se dépêcherait-il, après tout? Chaque instant de cette délicieuse souffrance me rappelait que je ne voulais pas mourir, et que la mort, si elle approchait, pouvait bien se préparer ; je ne donne pas ma peau facilement.

10h du matin : on m'envoie finalement passer un TACO (grosse machine en rond qui permet de voir dans l'organisme après qu'on vous ait injecté un colorant radioactif. C'était cool =D ). Ensuite, on me donne une chambre, avec une vieille dame seule atteinte du cancer. C'est la locataire de l'immeuble de mon père. Elle est si petite, si seule au monde, mais elle avait derrière chacun de ses mouvements la détermination d'une armée. Elle me faisait sourire. Elle était grandiose dans son état.

11h du matin: on m'apprend qu'on va m'ouvrir le ventre pour enlever mon appendice. Tous les signes portent à croire que c'est ce que j'ai. La morphine ne fait plus effet depuis longtemps, mais je me sens bien ; étrangement bien. Aucun stress, aucune inquiétude. Ils vont m'ouvrir ; et alors? Je n'ai pas peur, c'est une opération de routine. Et j'ai confiance aux gens qui m'entourent, ils sont si attentionnés, le chirurgien est si gentil, lui-même dégage un calme et une confiance qui me rassure. Je ne ressens aucune douleur de toute ma journée, même si je n'ai aucun calmant. J'en viens à me demander si on m'opère pour rien ; et alors? Ça sera une drôle d'histoire à raconter. J'aime les histoires.

15h : on vient me chercher pour aller au bloc opératoire. J'attends dans une salle où il n'y a pas grand chose, on me demande à rester assis dans ma chaise roulante malgré le fait que je peux marcher et agir sans la moindre contrainte ; c'est correct, je me fais balader. L'anesthésiste vient me poser des questions sur ma santé, mon poids, ma grandeur. Il repart.

15h15 : Entrée dans la salle d'opération. Nu sous une jaquette d'hopital, couché sur le dos, les bras en croix sur supports, je m'abandonne complètement au sort qui m'attend. Je ne ressens aucun stress. Ah, merde, maintenant oui. Une infirmière m'annonce qu'elle doit changer mon soluté de bras. Je DÉTESTE les piqures! On me demande: "comment vas-tu, Carl?". Je réponds, amusé "J'ai déjà été mieux". On me pique dans le bras gauche. Quelques instant plus tard, je retombe totalement détendu. Ils ne m'ont encore rien injecté, et je suis calme. Je n'ai aucun ennemi à affronter, aucun combat à mener pour le moment ; je me repose. Après sera mon tour. Pour l'instant, c'est à eux d'agir. On me mets un masque à oxygène sur la bouche. On me tient la main gauche pour me rassurer. Je me souviens encore du contact, chaleureux. Étrangement, j'ai rarement été aussi bien.

Heure: inconnue. Je me réveille. On enlève les tuyaux que j'ai dans le nez et la bouche. Je suis un peu confus, mais je ne cherche pas à comprendre ; je sais que je suis sous effet de fortes drogues. On me ramène à ma chambre. J'oublie des passages. Mes parents sont là, et me parlent ; je me souviens de leur présence. Je voulais qu'ils partent. Je voulais dormir. Ils finissent par comprendre. Je m'endors.

19h du soir, je dors paisiblement, jusqu'à ce que je sente une présence près de moi, jusqu'à ce que je sente qu'on m'observe. J'ouvre les yeux, et j'y vois ma première visite! Sabrina, venue me tenir compagnie. Deuxième moment de mon existence où je me sens infiniment bien, alors qu'elle me tient la main et reste prêt de moi. Nous avons parlé pendant 1h30 où mes yeux combattaient un sommeil intense. À 8h30, elle doit partir, et je m'endors.

Tous mes rêves sont des rêves où je dois me battre contre des gens, des créatures, des situations. Je n'arrête pas. Mon corps n'arrête pas. Au petit matin, il me fut pénible de m'assoir sur le côté ; merci au sympathique infirmier qui m'a aidé à le faire. Pendant la journée, je marche un peu. Elizabeth me fait prendre une grande marche à l'extérieur, au soleil. Je prends beaucoup d'aisance, je me sens bien. Le soir, avant de me coucher, je suis presque autonome.

Le lendemain matin, je me lève, je vais à la salle de bain, fait quelques sudoku alors que mes camarades de chambre dorment ou ne bougent pas (des personnes âgées). On m'apprend que j'aurai bientôt terminé avec le soluté : j'appelle ma mère pour qu'elle m'apporte mes balles de jonglerie! J'avais aussi hâte qu'un enfant la veille de Noël de pouvoir jongler à nouveau, de retrouver toute mon autonomie, et mes capacités. Vous ne connaissez ce bonheur seulement et uniquement si on vous l'enlève.

11h du matin, environ 36h après l'opération: je suis assis, et je fais du contact juggling de ma main sans soluté. Mon Docteur passe, me trouve amusant. Il étudie mon dossier, puis, en me regardant, me dit que je peux partir aussitôt qu'on aura enlevé mon soluté. Je suis libre.


Le jeudi 27 août, au courant de l'après-midi, Carl Blackburn aurait dû rendre l'âme dans d'horribles souffrance, suppliant d'être achevé. Grâce à une équipe de spécialistes, des gens extraordinaire, un système de santé efficace, l'avancée de la médecine et bien d'autres choses, j'écris encore ces lignes.

Je suis libre. Et j'ai la flamme dans le coeur.

# Posted on Tuesday, 01 September 2009 at 12:22 PM